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Sclérose en plaques [ S.E.P ou M.S ]

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L’apipuncture : ou comment se soigner « naturellement » en massacrant des abeilles

 

 

L’apipuncture consiste à pratiquer l’acupuncture avec une abeille domestique vivante, en se servant de son dard comme aiguille pour injecter le venin qui serait bénéfique pour la santé. L’apipuncture fait partie de l’apithérapie, ensemble de thérapies naturelles utilisant les produits fournis par les abeilles et les ruches (miel, propolis, gelée royale, venin…).

 

Le venin d’abeille, une substance miraculeuse ?


On peut trouver dans les médias la présentation des bienfaits de l’apipuncture et du venin d’abeille. Par exemple, en septembre 2014, le quotidien Le Républicain Lorrain présentait les vertus du venin d’abeille avec l’interview d’un jeune docteur en pharmacie dont la thèse avait pour sujet « L’abeille et son venin : de la piqûre à une thérapeutique d’avenir ».


France 3 diffusait en juin 2015 dans son journal télévisé un reportage intitulé « L’apipuncture, guérir grâce au venin des abeilles », dans lequel on nous montre plusieurs personnes, qui affirment être soulagées, voire guéries, par les piqûres d’abeilles, en insistant sur l’échec des autres traitements qui leur avaient été prescrits auparavant. En fin de reportage, le Dr Jean-Baptiste Thouroude explique que cette pratique est efficace pour les patients « qui ne supportent plus les médicaments modernes ». Selon un autre médecin interviewé dans le reportage, cette pratique n’est absolument pas dangereuse dans la mesure où on n’est pas allergique au venin d’abeille, et rappelle qu’il faut faire d’abord un test d’allergie.

 

Le jeune pharmacien, dans le Républicain Lorrain, nous apprend que le venin d’abeille peut par exemple guérir les pathologies articulaires, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, qu’il peut avoir des effets en cancérologie, en infectiologie avec des applications pour détruire les virions du VIH, ou encore en allergologie pour le traitement de l’asthme.
Alors, l’apipuncture est-elle réellement une thérapie efficace qui peut remplacer les « médicaments modernes » ? Est-elle vraiment sans danger ?

 

Comment expliquer l’efficacité du venin d’abeille ?


Les seuls témoignages de patients guéris par l’apipuncture ne permettent pas de prouver l’efficacité de la pratique. Que dit la littérature scientifique à ce sujet ?
Le venin d’abeille contient principalement, en plus de l’eau, un peptide, la mélittine (qui représente environ 50 % en masse du venin séché). Des études dans lesquelles l’utilisation de mélittine extraite du venin d’abeille et enveloppée dans des nanoparticules a démontré une certaine efficacité par exemple pour détruire des cellules cancéreuses ou le VIH.

 

La méllitine éviterait aux cellules cancéreuses ou au VIH de se multiplier. Dans ces études, la méllitine n’est pas administrée par apipuncture.

Administrée par piqûre, par exemple lors d’une séance d’apipuncture, la mélittine contenue dans le venin provoque dans le corps la libération de cortisol, une hormone stéroïde à action anti-inflammatoire. C’est ce qui permet d’expliquer pourquoi le venin d’abeille est efficace pour réduire les douleurs du patient.
La partie acupuncture dans l’apipuncture n’apporte qu’un effet placebo car les points d’acupuncture n’ont aucune réalité physique. Seule la mélittine a une utilité dans cette pratique.


Utiliser l’apipuncture pour soulager des douleurs, c’est un peu comme remplacer des anti-inflammatoires produits par l’industrie pharmaceutique par des anti-inflammatoires produits par des abeilles, et se les injecter par un moyen agressif et douloureux.

 

Une pratique non sans risques


Ce que les médias omettent de souligner à propos de l’apipuncture, c’est que, même si c’est une thérapie « naturelle », elle n’est pas sans danger. Seul le risque allergique est évoqué, or ce n’est pas le seul problème lié à cette pratique.


Une piqûre d’abeille libère entre 50 et 100 microgrammes de venin, ce qui est très peu, il est donc nécessaire d’utiliser plusieurs abeilles pour obtenir une dose suffisante de principe actif pendant la séance d’apipuncture. Or cette dose est difficilement estimable car elle est fonction de la personne et de sa pathologie, mais aussi de la quantité et de la qualité de venin produit par l’abeille. Et le venin d’abeille ne contient pas que des substances bénéfiques, puisque son utilité est avant tout d’être toxique pour l’organisme qui subit la piqûre.


Des complications graves (oedèmes, problèmes cardiaques et rénaux, infection du point d’injection, etc) peuvent ainsi apparaître quelques jours après injection. Certains centres antipoison considèrent comme nécessaire une hospitalisation de 24 heures au-delà de 10 piqûres pour surveiller le patient. Dans le reportage de France 3, une personne qui affirme avoir guéri sa sclérose en plaques avec l’apipuncture, aurait subi jusqu’à 40 piqûres, trois fois par semaine. Dans le même reportage, une patiente chinoise atteinte de polyarthrite subirait 200 piqûres par jour pour se soigner. Il y a matière à s’inquiéter, d’autant que la dose létale du venin d’abeille varie en fonction des personnes : entre 50 et 1200 piqûres.


Une thérapie cruelle et sans validité


Les médias insistent sur les vertus du venin d’abeille, mais oublient de nous dire que la pratique de l’apipuncture est dangereuse pour le patient, qui risque des complications, et également cruelle pour les abeilles, qui sont tuées lors de la séance. En effet, lorsque l’on retire l’abeille, le dard reste ancré dans la peau et une partie des organes de l’abdomen est arrachée, ce qui entraîne la mort de l’insecte. Quand on multiplie le nombre de piqûres par le nombre de séances (qui doivent être régulières afin d’avoir un effet bénéfique continu), c’est une hécatombe. Est-ce justifié de sacrifier inutilement des abeilles alors qu’il existe des traitements produits par l’industrie pharmaceutique et pouvant être prescrits par un médecin ? Étonnante pratique pour des personnes qui se réclament des vertus du naturel... Et puis sans abeilles, pas de plantes, et donc... pas de médecine « naturelle » !


Stéphanie Krafft - SPS n° 314, octobre 2015

 

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