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Avis de tempête immunitaire dans les cas graves de Covid-19

Un phénomène d’hyper-inflammation de l’organisme, appelé «orage de cytokines», pourrait jouer un rôle important dans les cas sévères de Covid-19. Des pistes thérapeutiques sont à l’étude.

Comment expliquer, dans l’épidémie actuelle de Covid-19, que certaines personnes infectées par le SARS-CoV-2 ne présentent pas ou peu de symptômes, alors que d’autres développent une forme aiguë de la maladie, y compris des individus en apparente bonne santé?

La réponse pourrait bien se trouver au sein de notre système immunitaire, et plus particulièrement dans sa façon de répondre aux infections. L’une des particularités du nouveau coronavirus étant sa capacité à engendrer un phénomène appelé «orage de cytokines», à savoir la libération massive de molécules impliquées dans le contrôle de l’immunité.

Cette forme d’hyper-inflammation serait ainsi pointée, selon un article publié mi-mars dans The Lancet par une équipe anglaise, comme un facteur pouvant non seulement expliquer la sévérité mais aussi la mortalité liées au nouveau coronavirus.

Ce mécanisme d’emballement, connu depuis une vingtaine d’années, n’est toutefois pas propre au Covid-19. «Les orages de cytokines sont associés à une grande variété de maladies infectieuses et non infectieuses, comme les surinfections bactériennes liées au virus de la grippe, la maladie du greffon contre l’hôte, la sclérose en plaques ou encore la pancréatite», décrit la professeure Andrea Ablasser, directrice du laboratoire d’immunité innée de l’école polytechnique fédérale de Lausanne.

Cascade d’effets délétères

Agents essentiels du système immunitaire, les cytokines (dont la famille comprend entre autres les interférons et les interleukines) servent notamment à inhiber la réplication virale dans les cellules infectées, à assurer l’échange d’information entre les globules blancs, ou encore à stimuler la production de cellules du système sanguin.

Si les cytokines, ainsi que la réaction inflammatoire qu’elles produisent, sont indispensables à la bonne réponse du système immunitaire contre un agent pathogène, le problème survient lorsque ces dernières sont sécrétées en trop grande quantité, empêchant tout mécanisme de neutralisation.

Cet emballement du système immunitaire peut alors engendrer une cascade d’effets délétères, comme une baisse brutale de la tension artérielle, des œdèmes pulmonaires, des détresses respiratoires aiguës ou encore une diminution de la force contractile du muscle cardiaque. Autant d’effets sur l’organisme pouvant conduire, dans les cas les plus dramatiques, à la mort du patient.

Variations individuelles

Par ailleurs, il faut savoir que nous ne sommes pas tous égaux face à un même pathogène, tant en ce qui concerne la manifestation des symptômes que par notre capacité à éliminer un agent infectieux. Ces inégalités sont quelques fois acquises – en raison, par exemple, de pathologies perturbant le système immunitaire – mais elles peuvent aussi être innées.

«Il existe une forte variabilité de la réponse immunitaire des personnes en bonne santé, déterminée, du moins en partie, par des différences génétiques, confirme Andrea Ablasser. Il existe de minuscules variations dans la séquence de certains récepteurs immunitaires ou des protéines qui peuvent affecter la phase inflammatoire ou régulatrice de la réponse immunitaire.»

Piste thérapeutique

Sur la base de cette hypothèse, de nombreux chercheurs s’activent désormais à trouver un moyen d’équilibrer la réponse du système immunitaire chez les patients atteints du Covid-19 et soumis à un orage de cytokines. «Une piste thérapeutique serait d’administrer des immunosuppresseurs à ces personnes afin de calmer la sur-inflammation, explique Nathalie Jacobs, professeure de virologie à l’Université de Liège. Tout l’enjeu sera alors de parvenir à une bonne balance afin d’éviter que le système immunitaire ne soit totalement à terre, faute de quoi le virus pourrait flamber dans l’organisme.»

Plusieurs essais cliniques ont d’ores et déjà été lancés afin d’évaluer l’efficacité de molécules préexistantes sur le marché et conçues pour bloquer l’action de certaines cytokines, dont le sarilumab ou le tocilizumab (deux anticorps monoclonaux inhibiteurs du récepteur pour l’interleukine 6 et utilisés dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde). Des premiers résultats pourraient tomber d’ici à quelques mois.